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Lecture d’été : Minuit dans la ville des songes – René Frégni (Gallimard)

Lecture d’été : Minuit dans la ville des songes – René Frégni (Gallimard)

Véritable perle littéraire, le dernier ouvrage de René Frégni nous a passionné une partie de cet été passé en Haute-Provence. Terre natale de l’auteur, édité chez Gallimard, ce passionnant roman nous entraîne à la suite de celui qui raconte ses errances déserteuses et ses voyages initiatiques en littérature. Superbe traversée de grands auteurs d’hier, magnifique ode à une certaine liberté d’aujourd’hui. Et puis, en fin d’ouvrage, ces quelques lignes empreintes d’une lucidité plus contemporaine que toute autre. Une lucidité que l’on aimerait erronée mais qui n’est que le reflet de nos tristes et curieux temps modernes auxquels on ne peut désormais plus rien.

Et déjà ici, il se murmure que « Minuit dans la ville des songes » (Ed. Gallimard) pourrait bien décrocher l’un ou l’autre prix littéraire prestigieux. Pas étonnant puisque l’auteur d’une vingtaine de romans, René Frégni, a déjà reçu plusieurs prix pour quelques-uns de ses ouvrages passés. Tels : Le Prix des Lecteurs Gallimard 2017 pour « Les vivants au prix des morts » ou encore le Grand Prix de l’Association des écrivains et journalistes du Tourisme pour « Dernier arrêt avant l’automne ».

Minuit dans la ville des songes – Extrait

« Quand on va de village en village, par ces premiers après-midi tièdes de l’année, tout est si calme, si vivante la lumière, on se dit que rien n’a changé depuis notre enfance. Quelle chance on a eue de naître, par hasard, dans ce coin de l’univers … Il faudrait ne voir que le sentier, le coquelicot, la lumière …

Il y a les hommes, et tout ce qu’ils ont fait, discrètement, sans qu’on les voie, derrière des murs … Leur rapacité sournoise, leur cruauté. Tous ces murs qui cachent la douleur.

Ici nous avons encore des jardins, de petits vergers, d’étroites vallées, des collines pauvres. Cette pauvreté nous sauve. Plus loin, dans les vastes plaines riches, les hommes plantent des lingots d’or, qu’ils arrosent de poison avec des hélicoptères et de monstrueux insectes aux ailes de fer. Ils enferment dans des cages pas plus larges qu’une page de mon cahier, de la naissance à la mort, des peuples de lapins, ils passent au broyeur des milliards de poussins mâles. De longues files de veaux attendent en pleurant dans des couloirs de sang. Ils assassinent partout et on n’entend rien ! … Il faudrait oublier toutes ces terres chimiques, ces forêts en flammes, ces rivières mortes … Partout la main de l’homme, l’œuvre de l’homme. Comment oublier …

Je suis l’un de ces hommes. Je marche sur ces collines pauvres mais je suis l’un des leurs… Je me suis lentement écarté de leurs crimes. Ça ne changera rien aux jours terribles qui s’avancent …

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Nous avons été les hôtes ces derniers temps, d’un virus sorti de nulle part, il a fait plus de bruit que la chute de la Bastille. La mort a rôdé dans els rues, poussé des portes, escaladé à pas de loup des escaliers, s’est glissée sans bruit dans les maisons. Nous sommes comme ces animaux qui arrêtent leur course, dressent l’oreille, écoutent … Nous percevons les lointains galops des cataclysmes qui s’approchent. Nous sommes désormais une espèce anxieuse, aux aguets, fragile. Nous venons de comprendre que le merveilleux paquebot sur lequel nous voguons va bientôt être englouti et nous poursuivons, malgré tout, notre croisière vers l’abîme. (…) »

René Frégni – Manosque, le 18 avril 2021

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